Agression sexuelle et mécanismes : 5 points essentiels

Parler de viol, d’agression sexuel, d’abus … est loin d’être facile.
La gêne était de mise à chaque fois que j’étais poussé par le besoin d’en parler. Au delà de cette gène commune à moi-même et à tous mes interlocuteurs, transparaissait le rapport particulier que chacun entretient avec sa propre sexualité. Et j’ai eu cette nette sensation que très très peu de monde se sent libre de parler de sexualité, de tous les aspects de celle-ci, et de ses multiples déviances possibles ou vécus.

J’ai vécu une de ces déviances, du côté de la victime et il me paraît évident aujourd’hui qu’il est important de parler de ce sujet. Pourquoi ?
Car je pense que lorsque les choses sont dites, nommées, expliquées, racontées, elles sortent de leur ombre et n’ont plus d’emprise sur nous. Et aussi : partager son témoignage, son point de vue, ses ressources peut aider à la fois celui qui le donne et celui qui le reçoit.

A travers cet article, je vais tenter de vous retranscrire les mécanismes intérieurs qui se mettent en place suite à l’agression sexuelle que j’ai vécu, et comment j’en suis arrivée à dire aujourd’hui : “je suis guérie”.

1/ L’abus sexuel : un acte qui tue.

Pendant très longtemps, je n’avais pas de vrais souvenirs de mon enfance. Le peu dont je me souvenais c’était de me sentir extrêmement timide, étriquée et rarement heureuse. Puis, lorsqu’un jour j’ai balayé le film de ma vie, je ne voyais qu’une fille perdue, peinant à se reconnaître elle-même, ne sachant jamais ce qu’elle aime ou pas, ce qu’elle veut ou pas dans la vie et surtout : je me détestais. Je me voyais triste à mourir tout en faisant des efforts démesurés pour ressembler à quelqu’un de normal, dynamique, joyeux et volontaire.
En apparence, j’avais une chouette vie : Constamment entourée de plein d’amis, faisant de multiples d’activités, faisant des études intéressantes, allant à des fêtes, à des rassemblement communautaire, m’investissant dans des associations… Mais ma vérité intérieure était celle-ci : j’avais toujours la sensation d’être enfermée dans mon corps, d’être branchée sur un pilotage automatique, de faire et dire les choses comme si c’était pas moi, d’être en stress intense à chaque minute et de me sentir tellement nulle. Ce que je ne savais pas, c’est que j’étais en dépression profonde permanente, que j’étais morte à l’intérieur et que je faisais tout pour ne pas le voir. Mais, c’était encore plus compliqué que cela. Il y avait en réalité, 3 “moi”:

→ Celle qui était blessée profondément et laissé pour morte après le viol.
→ Celle qui avait pris le pilotage de moi-même pour continuer à vivre (le “faux-self”).
→ Et celle qui a été figée dans l’événement et transformée en “objet”.

Ces différents “moi”, j’ai pu y avoir consciemment accès grâce au parcours thérapeutique qui a duré environ 4 ans. Avant cela, je n’avais aucune conscience d’avoir été violé, et suivais uniquement la voie des conséquences liées au viol. Avec du recul aujourd’hui, je comprend que les 23 ans qui se sont déroulés entre le viol et la remontée du souvenir, étaient aussi, à leur façon, un parcours thérapeutique.

2/ Le jour où ma vie a basculé.

C’était l’été de mes 6 ans. Nous étions venue en famille assister au mariage d’un couple d’amie de mes parents. Pour l’heure, tout le monde faisait la fête dans un grand pré, la veille du mariage. Il faisait grand beau. Je me revois en train de demander à mes parents si je peux retourner sur le petit chemin là-bas, pour y cueillir des fleurs. Ils refusent gentiment. Mais, un homme, derrière eux, me propose de m’emmener. Je suis tellement contente !
Voilà une personne qui me comprend et ne met pas de barrière à mon souhait. Je pars avec lui, mes parents ont dû dire oui et c’est bien normal : nous connaissons cette personne. J’ai confiance en elle. Me voilà, heureuse, sur ce chemin, repérant les fleurs jaunes en bordure.

La suite est encore un peu flou.

Ce que je sais, est que je me retrouve avec sa main sur ma tête, et son sexe dans ma bouche. A ce moment-là, un éclair blanc se fait dans mon crâne. Je sais aujourd’hui qu’il s’agit d’une sorte de “court-circuit”. Cela se produit lorsque l’information reçu de son environnement est intraitable par la psychée. Et aussi, lorsque deux informations contradictoires vivent soudainement dans le même espace. Ici, ce sont : l’amour, la bienveillance et l’irrespect, l’objetisation. Le choc génère un “pétage de plomb”. Cela s’appelle une “effraction psychique”, en langage professionnel.
Ensuite, je suis à quatre patte. Je ne vois que l’herbe qui est très près de mon visage, je sens le lourd poid de cet homme sur moi, je sens ma main droite complètement écrasée, tordue et qui me fait un mal de chien. Il est derrière moi, ses mains sont partout, de la chaleur émerge dans mon bas ventre associée à des mouvements inconnues. Et là, une deuxième chose se produit : mon esprit, mon âme sort de mon corps. Je me retrouve projetée à quelques mètres de moi-même et je regarde. Se trouve à côté de moi, une grande présence lumineuse. Je ne sais combien de temps cela dure.
Pour finir, je me retrouve soudainement debout sur le chemin, des fleurs jaunes à la mains, pendant que cette personne me demande de sourire et de rester droite pour prendre une
photo.
Une fois ayant rejoint mes parents, ma famille et tous les gens présents dans le pré, je n’ai rien pu dire. J’étais dans un état d’hébétude intérieur. Comme un arrêt sur image. Tout ce qui venait de se passer était inconcevable dans mon esprit d’enfant encore en construction.

3/ Conséquences visibles globales.

Les conséquences que j’expose ici, sont les miennes. Chacun est unique et réagit de façon toute particulière à chaque évènement. De plus, l’âge à laquelle survient ce type d’agression détermine

aussi une profondeur à la blessure. Plus l’agression est vécu tôt dans l’enfance, et plus les mécanisme s’ancrent dans la psyché et le corps, créant de multiples conséquences qui s’ancrent à leur tour et attirent ensuite d’autres situations, générant encore d’autres conséquences etc… La nature de l’agression, et le degré de proximité avec l’agresseur sont également déterminant dans la nature des conséquences.
Néanmoins, peut-être que certains des impacts que j’ai vécus raisonnerons chez vous.

 

Les premiers symptômes (apparition sur deux ans de temps environ):
→ Renfermement sur soi, timidité extrême.
→ Tic compulsif (s’arracher la peau des lèvres, les ongles)
→ Insomnie, terreurs nocturne chaque nuit.
→ Myopie, vue figée.
→ Maladie de peau (eczéma).
→ Prise de poid.
→ Trouble de la mémoire.

 

Ces conséquences premières ont par la suite pris de l’ampleur. Certaines se sont ancrés (comme le tic compulsif, encore présent à ce jour) et d’autres se sont transformé en leur contraire (perte de poids excessive, développement d’une exubérance comportemental au lieu de la timidité).
Ces conséquences visibles ne sont que les symptômes des conséquences invisibles de la blessure psychique occasionnée. Ce sont ces conséquences-là que je souhaite exposer plus longuement, car ce sont les plus profondes.
Qui dit “plus profonde”, dit “plus proche de soi” ! Et c’est en allant à la rencontre des blessures les plus profonde, que l’on peut se recontacter et guérir véritablement.

 

4/ Impact sur les relations.

Tout ce que je vais tenter de décrire et transmettre ici est ce que j’ai compris moi-même, en synchronisant mon propre vécu avec des sources d’informations extérieurs (livres, conférences, entretiens avec des professionnel …). Cette synchronisation d’information m’a permis de développer un tableau assez complet des impacts que mes schémas relationnels ont reçus et intégrés au fil du temps, suite au viol. Il ne s’agit en aucun cas d’une description générale valable pour toutes les personnes abusées.

A/ De Soi à Soi

En premier lieu, c’est la scission profonde intérieure qui opère. Il s’agit d’une sorte de “schizophrénie” car l’esprit se trouve coupé en 3 morceaux séparés les uns des autres. Ils se mettent à vivre chacun séparément dans le même corps, tout en créant leur propre schéma d’existence. La partie de soi qui s’identifie à un objet, reste figée, comme morte. Cette partie-là est extrêmement dure à reconnaître et à recontacter. Je suis encore en travail sur ce point. Elle est devenue “l’objet” de quelqu’un d’autre, ce qui l’exclue artificiellement des mécanismes de la vie qui sous-tend une personne. Elle n’a plus de liaison avec l’action, le choix, les prises de décisions, le vécu émotionnel. Elle ne veut ni vivre, ni mourir. Elle reste dans un espace cloisonné, tout comme l’est une personne enfermée dans une salle capitonné. Et ceci génère une terreur qui paralyse. La partie de soi qui est l’enfant blessé, fait vivre des émotions et sentiments totalement contradictoires tout en restant dans ses blessures. En premier lieu, les émotions les plus fortes et les plus profondes sont la honte et la culpabilité. Il est évident pour un adulte de comprendre que l’enfant qui a été violé n’y est pour rien. Mais l’enfant ne le voit pas de cette manière. Pour l’enfant, il a forcément appelé cet acte par ses attitudes. Il a forcément dit quelque chose qui a entraîné cela. Et surtout : il
n’a pas crié, il n’a pas dit non, il n’a pas sût s’exprimer. Mais aussi, et ça c’est le plus dur à admettre : le corps a ressenti du plaisir pendant l’agression. Et c’est précisément le fait d’avoir senti du plaisir pendant l’agression qui rend cette honte et culpabilité aussi forte et insoutenable.
Ceci entraîne la psyché dans des degré émotionnelle encore plus fort : la haine et le rejet de soi. Cette façon de se voir et de se traiter, s’amplifie avec le temps et avec l’apprentissage de ce qu’est la morale, le bien et le mal, ce qui est bon de faire ou ne pas faire. Car inconsciemment, l’être n’accepte pas d’avoir ressenti des sensations agréables alors que l’acte était mal, interdit et destructeur à la fois. La personne s’enfonce alors dans une vision dégoûtante d’elle-même et se refoule constamment.
Ainsi, de soi à soi, c’est une guerre permanente contre soi-même qui s’opère. L’enfant blessé va avoir une telle image abjecte de soi, qu’il va tout faire pour se cacher, s’annuler et se détruire.
Enfin, l’enfant blessé vit dans une tristesse infini, surtout lorsqu’il n’a jamais pu pleurer ce qui lui est arrivé. Pour finir, l’enfant blessé va aussi émettre des signaux de détresse afin d’être trouvé, entendu et réhabilité au sein de la psyché. La partie de soi qui prend le contrôle, exerce différents rôle.

Le premier est celui de rester en lien social. Cette partie là va mimétiser des comportements acceptables et ceux qui lui permettent d’être le plus entouré possible. D’où l’apparition progressive d’un “faux-self” : une personnalité totalement construite et factice dans le seul but de continuer à vivre malgré la mort intérieure. Globalement, cette personnalité est d’une nature souriante, joyeuse, toujours prête à rendre service, toujours à l’écoute de l’autre dans le but de se faire aimer et accepté. Ainsi, j’ai développé avec le temps, une extraordinaire faculté à “capter” l’autre, comme un scan instantané et ensuite de réussir à aider l’autre dans ses propres problèmes.

Le deuxième est de protéger l’enfant blessé en le cachant coûte que coûte de soi-même :
création du “faux-self” au tempérament très éloigné de l’enfant blessé, amnésie de l’évènement, boulimie de divertissement ou encore, charger le quotidien de maintes choses à faire pour ne pas avoir à recontacter la blessure.

Le troisième, et non des moindre, est d’organiser un discours intérieur qui pousse à la performance pour contrebalancer une estime de soi totalement nulle qui vit à l’intérieur de l’enfant blessé.

B/ De Soi  à l’environnement

A l’âge de 6 ans, un enfant n’a pas fini de construire ses bases sur lesquelles il va s’appuyer pour grandir, forger ses goûts, ses forces et sa vision du monde. J’ai donc intégré le viol dans mes bases et ainsi, intégré le viol comme faisant parti du monde normal à chaque instant. Cela a fortement contribué à ce que cette blessure reste cachée aussi longtemps.
Qu’est-ce que cela donne au quotidien ?

→ Le circuit biologique du stress activé en permanence : l’agression peut venir à tout moment de n’importe où. D’où une peur constante de son environnement, que ce soit en ville ou dans la nature et une fatigue très forte et chronique.
Le stress ainsi activé, l’esprit va occuper la plupart de son temps à créer des scénarios sur ce qui pourrait arriver, ou ce qui aurait dû arriver. L’esprit est dans un état de fuite du réel et à la fois de projection sur le réel.
→ Une soumission automatique face à n’importe quel adulte; se sentir en permanence toute petite et insignifiante pour son environnement.
→ Être terrifié et à la fois attiré par l’autre sexe.
→ Se sentir totalement impuissant à changer quoi que soi pour soi et le monde, car le monde a le pouvoir de me transformer en un instant, et en profondeur.

C/ De Soi à l’Autre/le couple

C’est la partie la plus importante car c’est ici que se joue et rejoue sans cesse le schéma relationnel de l’agression, jusqu’à ce que la personne abusée le voit, s’en rende compte et travail dessus pour transformer les blessures.
On peut aussi le dire comme ceci : chaque personne projette dans la relation à l’Autre ses propres schémas intérieurs. Les relations que nous avons de Soi à Soi se réalisent ensuite dans la relation à l’Autre, comme un écho ou une résonance.

Un jour que je préparais une séance avec mon victimologue-hypnotiseur, je dressais la liste ci-dessous. J’avais d’ailleurs autorisé mon thérapeuthe à faire une copie de cette liste car il voulait en faire part lors de ses conférences. Selon lui, mes symptômes étaient très représentatif d’une personne abusée. J’avais nommée cette liste “affirmation consécutive à l’agression” :
– Toute personne cache une part sombre qui me manipule, qui veut faire de moi ce qu’il veut.
– Je suis trop faible pour m’en rendre compte, pour dire NON, STOP.
– Mes volontés ne comptent pas, ne valent rien.
– l’Autre est plus important que moi. Ses volontés et besoin passent en priorité et valent plus que les miennes. Mon devoir est de contenter l’Autre avant de me contenter moi.
– Si l’Autre ne va pas bien, c’est à cause de moi.
– Mes besoins, désirs et volontés sont farfelues, ridicules et ne méritent pas que quelqu’un fasse ce qu’il faut pour y répondre. Et si je demande, je suis une chieuse, je dérange.
Juste en dessous j’ai écris cette prise de conscience :
– → Tout ceci fausse mes perceptions de moi et de l’Autre.

Puis, derrière la liste, j’avais écris trois affirmations pour m’aider à y voir plus clair :

  1.  UNE agression UNE fois, ne veut pas dire que tout le monde est un violeur manipulateur.
  2.  A partir du point d’agression, tu as vécu 25 ans d’événements attirés par l’agression et ses conséquences. Ces événements forment une accumulation sur le point d’origine (le viol) et “confirment” alors les affirmations relatés au préalable.
  3.  Une force en moi m’aide à y voir plus clair et déblayer tout ça.

Le monceau de croyance limitante que le traumatisme a généré, est d’autant plus difficile à voir lorsque le traumatisme a été vécu dans l’enfance et non traité rapidement. Car les points de départ des blessures, lorsqu’elles ne sont pas traités, génère une ampleur de plus en plus grande, des croyances, puis attirent ensuite d’autres événements similaires et qui correspondent à ces croyances. S’ajoute alors de multiples blessures par dessus les autres.

C’est pour ça que le parcours thérapeutique est long et soutenue. Il s’agit d’une quête pour aller à la racine des choses en Soi. Mais vivre ce parcours en vaut la peine : les relations à
l’Autre s’en trouvent transformées vers de plus en plus de clartés et qualités d’Être.

Le rapport à l’autre sexe.

Il est bien évidemment des plus complexe. D’une part il y a une déviance de vision de son propre sexe (pour moi, il était sale. Le rapport à la féminité et tous ses attributs était de l’ordre du refoulement : je ne voulais pas accepter d’être femme), et d’autre part, il y a un double langage qui naît vis-à-vis de l’autre sexe : attirance et répulsion à la fois.

Le double schéma qui s’est inscrit dans ma psyché suite au viol est celui-ci :
→ L’homme est tout puissant, il me terrifie, je dois lui obéir.
→ L’homme est fascinant, il m’obsède, je l’aime.

Ce double langage pour un même sujet, est une des racine qui peut générer des attraits et comportement dit pervers. Je désir et à la fois je repousse. Je suis attiré et à la fois je suis terrifiée. Je suis en accord et à la fois je me détruis. J’aime cela et à la fois j’ai envie de le vomir. Et au milieu, se trouve celle qui est tétanisée, figée, bloquée et incapable de choisir.

Ce qui est difficile à comprendre pour une personne qui n’a jamais subit d’agression sexuelle est l’existence de ce doublons. Dans le viol, il y a acte sexuel avec un consentement qui n’existe pas. La personne devient tout à coup un objet que l’autre possède à sa guise. Mais en même temps, l’agresseur va stimuler les organes liés au plaisir sexuel. De là réside une confusion qui s’inscrit dans le corps, d’autant plus forte si la personne agressé est très jeune.
Cette agression a été le premier contact que mon corps à vécu avec ses organes de plaisirs. Mon corps avait donc intégré cet acte comme douloureux mais également comme bienfaisant. Aussi, le ressenti du corps a été tellement fort, qu’il aura envie de le revivre. Cela agit tout comme un shoot d’héroïne qui génère un voyage puissant à vivre, où les sensations sont décuplées, et lorsque la personne revient au réel, elle le trouve fade et sans goût. C’est un peu la même chose qui se passe dans l’agression bien que ce soit un vécu abjecte en soi.
Une fois tous ces paramètres inscrits dans l’Être, il était impossible que je vive en premier lieu des histoires d’amour saine et véritables.

De mes 8 ans jusqu’à mes 16 ans, je vivais constamment dans un fantasme quotidien de l’homme. Je le magnifiais et cherchais sans cesse le grand amour à travers n’importe quel garçon, de manière complètement obsessionnelle. Je recherchais ce contact si fort vécu trop tôt dans l’enfance tout en cherchant quelqu’un qui pourrait le transformer en quelque chose de sain.
Puis, quand je commença a sortir avec des garçons vers l’âge de 16 ans, ce fut le début d’une longue escalade vers le pire. Tout simplement, j’attirais et j’étais attiré par des garçons perdus, malades, tronqués, violents. Jusqu’au sommet de tous.

Le dernier de cette escalade était un homme du type pervers-narcissique, manipulateur, gourou et alcoolique. Il était le maître et j’étais son élève. Notre relation me détruit tellement, que, une fois sortie de l’enfer, je n’existais plus. Je n’avais d’autres choix que de commencer une thérapie.
Il avait détruit toutes mes bases. Ce fut une période terrifiante mais à la fois, je le comprend aujourd’hui, des plus salvateur. Car c’est à partir de là que je fis remonter le souvenir du viol à la surface, que je compris mes schémas relationnelles et que je pus commencer ce véritable travail de fond pour me reconnecter véritablement.

Rapport ​à la féminité.

Tout au long de ma croissance, j’étais très mal à l’aise dans mon corps, le trouvant laid et repoussant. Le monde de la femme me semblait lointain et pas pour moi. Ainsi, je suis longtemps resté une sorte de femme-enfant-garçon manquée, coincée dans le désir de plaire tout en me trouvant détestable. Mettre une robe ou laisser mes cheveux long tomber sur mes épaules me rebutait fortement. Vers l’âge de 21 ans, je me suis même rasé le crâne pour tenter de devenir quelqu’un d’autre. Et je m’habillais en “garçon”.
Retrouver sa féminité a été un parcours égal à celui de la thérapie.

Être adulte ?

Devenir adulte est également quelque chose d’impossible lorsqu’on ne fait pas de place pour l’écoute de l’enfant blessé. Et oui, l’enfant qui reste bloqué dans ses souffrances ne peut grandir. Dans mon cas, c’était le “faux-self” et tout le panel de schémas en moi qui avait “grandit”. Depuis que j’ai refais place à l’enfant, il s’est mis à grandir et je deviens Moi de plus en plus.

Quelques mots sur l’acte sexuel.

L’acte sexuel était pour moi extrêmement compliqué. Avec du recul, les “3 moi” s’exprimaient de manière très visibles :
→ Celle qui est objet se sent soudainement exister (en tant qu’objet) et se laisse entièrement faire quoi qu’il arrive.
→ Celle qui était blessée n’aimait pas ce qui se passait à chaque seconde. Elle se sentait soumise, peureuse, et en devoir de donner à l’homme ce qu’il attend. Et tout à la fois, elle aimait ce contact qui lui donnait l’impression de vivre intensément en “rejouant” sans le savoir ce ressenti tellement fort du passé.
→ Celle qui était en faux-self était exubérante, en demande de ce type de contact, à l’aise avec ça, heureuse et comblée.

Pour résumer : je voulais tout le temps faire l’amour, en étant jamais rassasié. Et à la fois, je détestais ça, j’avais envie de vomir et je me sentais coincée entre les deux …

5/ Clés et ressources.

Guérir d’un tel traumatisme est possible. Mais il est vrai que si je revenais me voir,4 ans en arrière, et que je me disais à moi-même : “ne t’en fait pas, tu vas guérir !”, je n’y aurais pas cru et je me serais envoyé bouler. A cette époque, je sortais de ma dernière relation, j’étais détruite, je n’avais plus de travail, je devais assumer le quotidien avec les enfants, je devais suivre un parcours judiciaire et une thérapie. J’étais au fond du gouffre, je devais me remettre du lavage de cerveau que j’avais vécu et à cela s’ajoutait le souvenir de cette journée d’été qui remontait, accompagné d’une explosion d’émotions, pensées, rouages psychique ; tel une tempête sans fin.

Aujourd’hui, la tempête est enfin terminée. Je l’ai traversée et je suis de plus en plus en accord avec moi-même. Mon parcours de guérison fut comme une quête vers soi-même. Et cette quête continue 🙂

Voici quelques ressources qui m’ont aidé dans mon parcours :
Être suivi par différents types de thérapeutes. Pour moi ce fut : une accompagnatrice en développement personnel, une spécialiste des états de deuil et un victimologue-hypnotiseur.
Je pense qu’il est primordiale d’aller à la rencontre de soi avec un panel de personnes qui auront toute une approche différente des noeuds intérieurs. J’ai compris qu’il y a un phénomène de résonance entre les personnes, et que chacune d’entre elle m’a fait prendre conscience de choses en moi à chaque fois différentes.

Avoir dans son entourage au moins une personne de confiance avec qui passer du temps présent qui ressource, et pouvoir se confier lorsque le vécu est trop lourd. Au début c’est difficile de parler de ses tourments intérieurs. Je me souviens des premières fois où j’ai osé en parler : j’essayais de ne rien paraître, de rester un peu neutre et détachée. Mais au moins, c’était un premier pas pour se délier la parole et ne plus se sentir seul. S’il n’y a personne en qui vous avez confiance autour de vous, tournez-vous vers une association qui aide les personnes en état de fragilité, en deuil, ou en manque de repère.

Lire des livres, suivre des conférences et voir des vidéos sur les mécanismes de l’humain, les neurosciences, la psychologie, la nature de l’enfant, la philosophie. Il y a ce livre génial qui m’a accompagné pendant LA dépression que j’ai vécu il y a tout juste 1 ans :
“Victime des autres, bourreau de soi-même” de Guy CORNEAU.

Il décortique les rouages de ce trio intérieur que nous avons tous : le bourreau, la victime, et le sauveur. Il m’a fait prendre conscience que ce schéma est un “héritage” que les humains se transmettent, que je faisais vivre les trois et que je pouvais le transformer. Le deuxième livre génial qui m’a énormément apporté est : “Le pouvoir de l’instant présent” de Eckhart TOLLE. Il m’a aidé à renouer avec tout mon corps, et aidé à déblayer l’incessant flot de pensée qui se déverse en soi à chaque minute. Ainsi, j’ai pus y voir plus clair dans l’écoute de mes noeuds intérieurs, dans la perception de la voix de mes blessures et dans la reconnexion avec mes forces premières. Enfin, Il y a le milieu du développement personnel qui offre d’immenses ressources pour aider à transformer la vision de soi vers plus de justesse de paix et de cohérence. Je pense notamment à François Lemay et son mouvement “Inspire-toi” au Québec.

Écrire ses pensées, ses tourments, ses solutions, ses découvertes, le passé et le présent, ses espoirs pour le futur… Délier ma parole a été très difficile. L’étape de l’écriture a été vital pour pouvoir m’exprimer en toute sécurité. Je préconise l’écriture pour tout ceux qui restent dans le mutisme et qui se sente encore envahis par trop de carcans intérieurs. Cela vous permettra de faire sortir tout ce qui vit en vous, de le voir, le reconnaître pour travailler avec et vous reconnecter.

Rendre visible ses émotions refoulées par l’Art. Lorsque j’avais trop de pression, qu’une émotion vive me prenait tel la colère, la rage, la tristesse, la culpabilité … Je dessinais ce que je ressentais, je le peignais, je le posais à la craie. Et puis, il m’arrivait de le déchirer en un monceaux de confettis. La thérapie par l’Art est fort reconnu aujourd’hui, et à juste titre. Ces moments “artistiques” ont été des clés de voûte dans ma reconstruction.

Matérialiser la “mort de l’agresseur” par un rituel physique. Pour moi, ça a été de fabriquer consciencieusement une tête de cet agresseur, en papier mâché et peinture, à taille réelle. Puis, je suis allé la brûler dans la cheminée de la maison familiale. Mes deux parents étaient présent, ainsi que mon compagnon actuel (qui n’a plus rien à voir avec les schémas anciens). Et nous avons trinqué à la fin de l’emprise de l’agression sur moi. Ce fut un événement marquant dans mon processus de guérison.

Renouer avec son corps par des pratiques sportives, des exercices de souplesse (j’ai commencé avec ça), des ballades en nature et de la méditation. Personnellement, je pratique depuis quelques mois l’AÏkido, un Art Martial qui me permet d’effectuer en profondeur un travail de Soi à Soi et de Soi à l’Autre.

Entrer dans une dynamique de reconnexion à soi. Tout ce que je viens d’évoquer plus haut en terme de ressource en fait bien sûr parti. La reconnexion à soi est le parcours que nous faisons tous, que l’on soit profondément traumatisé ou très peu, ou pas du tout. Certains parleront de développer sa spiritualité, moi je parle de reconnexion à soi, à la vie.
C’est une ouverture de sa conscience à “tout ce qui est”. Et ceci s’est produit graduellement à mesure que je cheminais dans mon parcours de guérison.
Au cours de cette reconnexion, vous trouverez d’autres ressources et compréhensions que celle que vous offre les moyens physiques (livres, conférences, rencontre etc). Ces ressources et compréhensions émergeront de vous-même, de la vie qui est en vous. Vous trouverez ce que vous êtes vraiment, vous arriverez à vous écouter en profondeur, vous entrerez dans un lien conscient avec la Vie. Vous découvrirez que tout ce qui vit à sa voix, sa conscience et que vous êtes en interaction constante avec tout l’Univers. Vous comprendrez que le lien qui existe entre tous les êtres humains, le pourquoi et le comment de nos vies, trouve ses réponses en dehors du temps linéaire et à l’intérieur du présent éternel : toutes nos vies, du début de l’humanité jusqu’à la fin (s’il y a une fin ?), sont interconnectés.

6/ Pour aller plus loin.

Le violent traumatisme que j’ai vécu a été tellement fort, qu’à un moment donné de mon parcours de vie, je n’ai pas eu d’autre choix que de partir à la quête du sens de la Vie, de l’humain, de moi-même afin de pouvoir tout simplement mettre un pied devant l’autre. Mais je me rend compte aujourd’hui que les mécanismes psychiques qui se mettent en place suite à un tel trauma, sont les même pour chaque petite blessures vécus du début à la fin de nos vies. Et en réalité, il n’y a pas de petites ou grandes blessures : se sont toutes des blessures de non-amour.
Nous sommes tous des blessés du non-amour et nous agissons tous avec cette part d’inconscient qui contient ces blessures non vu, non traités, non guéries. Nos relations de soi à soi, de soi à notre environnement et de soi à l’autre ne font qu’en pâtir car elles font vivre l’écho de nos blessures.
Ainsi, je ne peux que vous encourager à prendre du temps, de vous arrêter quelques instant, et de poser la volonté de faire émerger l’inconscient à votre conscient. Votre vie deviendra plus harmonieuse, vos choix seront plus cohérent avec vous-même et vous redécouvrirez ce qu’est l’amour de soi, de la vie et de l’autre.

Conclusion.

L’abus sexuel est un acte qui tue. Le degré de sa gravité est rarement reconnu par ceux qui ne l’ont jamais vécu. C’est un meurtre de l’esprit et de l’âme et à ce titre, il est difficilement
visible. Heureusement, le tabou posé sur ces agressions se lève peu à peu. Et, contrairement au meurtre du corps, celui de l’esprit peut se guérir. C’est un chemin qui peut être long et dans tous les cas difficile à traverser. Mais la résilience est toujours au bout du chemin.
Oui, je peux vous l’affirmez, la résilience est totalement possible et inévitable lorsqu’on se met sur le chemin de la réconciliation avec soi. Avoir soif de sens a été mon moteur salvateur. Je ne peux que vous encourager à entamer vous-même ce chemin avec confiance : lorsqu’on se met à vouloir guérir, à chercher la source de toute chose, le pourquoi des évènements, alors le processus de résilience se met en marche ! Et un beau jour vous ressentirez et direz vous aussi: “Je suis guéri”.

 

Émilie Aurélia Zuffrano

 


Si vous voulez qu’on regarde ensemble votre situation, n’hésitez pas à me contacter

 

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5 Comments

  1. Bonjour,
    C’est poignant votre histoire. Elle m’ouvre un coin de voile sur ce qu’une amie, abusée à l’âge de 12 ans et aujourd’hui âgée de 28 ans, à vécu et continue de vivre. Je souhaiterai vous demander quoi faire pour aider cette amie?

    1. Bonjour,
      Tout dépend où en est cette amie à l’heure actuelle.
      Si elle cherche des réponses, peut être pouvez vous lui donner l’adresse de ce site ?

  2. Bonjour,
    Merci infiniment pour votre témoignage, ayant vécu la même chose que vous, je me suis retrouvée totalement dans votre énoncé…oui, le chemin est long, et difficile…mais pas impossible

    je souhaite a toutes les personnes qui ont vécu cela puisse lire votre témoignage…

    Merci

  3. Ce matin , je ne tombe pas par hasard sur votre écrit , j ai vécu un viol a 5 ans ,la mort de ma mère a 6 et celle de mon frère très proche a 14 ans , je suis passée exactement par ou vous êtes passée .. j ai développé une thérapie d expérience et je scanne aussi très bien quand je traite les autres …mais vos écrits me rappellent que je ne suis toujours pas” réunifiee” , malgré un travail intérieur titanesque ..et je ne le serai peut être jamais , aujourd hui même , j ai 55 ans , et je peux mourir demain , je sais que j’ ai fait le maximum ..très belle journée .

  4. Merci Emilie. Votre article est extrêmement touchant. Les petits “moi” sont les clés de la découverte de soi permettant le rééquilibrage. Vous me donnez de l’espoir quant à ce que je vais entreprendre. J’espère avoir la même force que vous laissez transparaître dans votre écriture.

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