Les ravages de la vision binaire dans le couple

Un couple, c’est une histoire qui se joue à deux.
Il y a soi et l’autre, c’est simple non ?

Alors si ça ne va pas, en toute logique, c’est soit à cause de l’un, soit à cause de l’autre ?
N’avez vous jamais entendu quelqu’un (peut être vous-même) se dire que :

  • soit l’autre est “fait pour moi” soit il ne l’est pas ?
  • Soit on est compatible, soit on ne l’est pas ?
  • Soit je suis satisfait de la relation, soit je ne le suis pas ?
  • Soit il m’écoute et il change, soit je le quitte ?
  • Etc.

Est-ce véritablement si évident ?
Est-ce que cette vision binaire ne serait-elle

pas la source du problème, plus que le problème lui-même ?
Et s’il existait d’autres alternatives ?
N’y aurait-il pas une ouverture possible dans ce champ de vision réduit à deux voies ?

1. “1 + 1 = 3” : redonner ses lettres de noblesse à la relation

D’abord on est célibataire, tout va bien même si on ressent un petit manque de partage. Puis on rencontre une personne avec qui il y a une attirance qu’on ne s’explique pas… La magie commence, parfois couplée à de la peur. Alors, il arrive qu’on choisisse de franchir le pas et on commence à rentrer dans ce qui s’appelle une relation.

Le soucis est que bien souvent on ne regarde pas la relation, on regarde “l’autre”. On rentre donc dans une vision binaire du couple :

  • Soit on regarde l’autre (ce qu’il est, ce qu’il veut, ce qu’il vit…)
  • Soit on se regarde soi (ce qu’on désir, ce qui nous frustre, ce qui nous satisfait…)

Cette relation est bien entendu composée de vous et de l’autre, elle est donc vécue par vous et par l’autre. Le partage de vos réalités respectives est à la base de la création de cette entité tierce que l’on oublie trop souvent de considérer comme telle : la relation.

Grâce à ces moments de partage, il existe trois entités distinctes : vous, l’autre et la relation.

La puissance de cette vision non pas binaire, mais ternaire est que d’un seul coup d’un seul le problème n’est plus l’autre, mais la relation.

Le côté magique de cette vision est que ça libère complètement de l’impuissance. En effet, on ne peut pas changer l’autre, mais on peut changer sa façon d’interagir dans la relation.

En tous cas, dites vous bien que votre intention dépassera de loin tous les mots que vous pourrez prononcer. Donc si votre intention est de focaliser sur tout ce qui ne va pas chez l’autre, vous aurez comme résultat la confirmation que c’est l’autre qui ne va pas. Si vous regardez la relation comme étant l’entité à modifier alors vous pouvez agir ! En effet cette relation existe grâce à vous à hauteur de 50% vous pouvez donc la modifier. Vous allez, en mettant des ingrédients différents, pouvoir transformer la relation. Un peu comme une recette de cuisine, si vous mélangez toujours les mêmes ingrédients de base relativement indigestes (suspicion, reproches, jugements, mécontentement, etc…) tout en vous plaignant du gout infecte de votre plat. A vous de décider ce que vous voulez mélanger dans votre tambouille relationnelle. Alors, soyez vigilent sur la sélection de vos ingrédients !

2 – La focalisation sur ce qui divise : deux camps, une seule perdante.

Lorsque les relations commencent à battre de l’aile, le premier réflexe est de faire la liste de ce que l’on voit chez l’autre qui nous met mal à l’aise. On rentre alors dans une forme de focalisation sur tous les points de désaccord qui vont renforcer la sensation de “non correspondance” entre vous et l’autre.

Dans les discussions avec les autres où vous commencez à aborder le sujet de votre couple, s’en suit une longue liste d’arguments pesant le “contre” plutôt que le “pour” dont vous ne tarirez l’énumération qu’une fois votre agacement du moment passé… jusqu’à la prochaine remonté de cette sensation.

Car soyons honnête, ce n’est pas en faisant la liste exhaustive de tous les points de dysfonctionnement, ou de frustration que vous voyez que vous allez résoudre le problème !

A force de focaliser sur ce qui ne va pas, vous allez seulement activer votre formation réticulée (partie du cerveau qui gère le tri des informations reçues) en la connectant au mode “déplaisir et frustration”. Vous allez donc rester en mode binaire orienté vers le mal être :

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  • Soit ce qui se passe correspond à mes attentes et c’est juste “normal”
  • Soit ce qui se passe ne me plaît pas et je le rajoute à la longue liste qu’on appelle parfois “la facture” dans les fins de relations.

Bien que ce soit légitime de revendiquer ses sources de mécontentement, je vous invite à vous interroger sur la pertinence à long terme de ce genre de stratégie. Être lucide ne veut pas dire être pessimiste. Évidemment, tout ce qui ne va pas mérite d’être dit et en même temps “Quid” de ce qui va bien ?

On constate en effet que lorsque la liste des côtés désagréables s’allonge, on focalise dessus. Alors les frustrations, les reproches, les émotions désagréables se multiplient. Le résultat est malheureusement soit le silence et l’éloignement, soit les disputes et l’éloignement. Il apparaît donc que le résultat de cette stratégie ne puisse en aucun cas déterminer un gagnant entre vous et l’autre, mais bien une grande perdante : la relation.

Sortir de la logique binaire à cet endroit, signifie “accepter de vivre la relation dans toutes ses dimensions”. Que ce que l’on vit soit agréable tout comme désagréable, le principal reste de focaliser, non pas sur soi ou l’autre, mais bien sur ce qui s’échange entre vous !

3 – Passer de la division du “nous” au rapprochement de “soi”

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C’est bien gentil tout ça, mais que faire de son mécontentement alors ?
Que faire de ce qui nous plonge dans l’isolement, dans la frustration et dans l’amertume, de son choix de partenaire ?

En effet, l’autre, dans la relation, a tout de même un rôle universellement reconnu, même si pas toujours conscientisé, de miroir de soi.

Ce miroir peut apporter une vision binaire également :

  • Soit elle est agréable et on l’accepte.
  • Soit elle est désagréable et on la rejette.

Tout ce qui sépare le “nous“, au profit de l’égo et de l’estime de soi, est généralement source de souffrance pour la relation. En résumé, tout ce qui nous place dans le rejet créé une sensation désagréable, soit pour soi, soit envers l’autre.

Une façon de sortir de cette logique, est de cesser de “luter contre” cette image désagréable de soi pour rentrer dans le “aller avec“. En effet, de cette manière, on ne vit plus le rejet de l’autre à travers sa vision désagréable de soi, mais un rapprochement de point de vue qui permet de s’aimer d’avantage.

En effet un reflet désagréable de soi dans le regard de l’autre est-il fondamentalement dangereux ?

Ne peut on pas en faire autre chose que de le prendre en plein dans l’égo et chercher à s’en défendre ?

Sans rien changer aux reproches que l’autre peut nous adresser, nous pouvons trouver la force de les considérer autrement :

ils peuvent nous servir de base de réflexion pour évoluer et apprendre.

  1. Cette approche mérite tout de même une mise en garde : l’idée n’est pas de se pervertir et de sacrifier ses besoins pour répondre aux attentes de l’autre, sinon vous risquez d’aller droit dans le mur !
  2. Gardez juste à l’esprit que ce que vous recevez comme critiques peut avoir un fond de vérité et qu’il s’agit de le considérer comme une source d’évolution potentielle. Pour ça je vous propose une simple phrase du genre : ” Mmm, c’est vraiment comme ça que tu me vois…  c’est un point de vue que je n’avais pas envisagé, je vais y réfléchir.”
  3. Ensuite vos pesez le pour et le contre. Vous envisagez ce qui résonne en vous, qui peut vous aider à évoluer et ce qui provient des projections de l’autre qui ne vous appartient pas. Mais au moins vous aurez donné de la considération à la parole de l’autre, ce qui est on ne peut plus bénéfique pour la qualité de la relation !

 

4 – De la logique du “ou” à l’amour du “et”.

Dans une logique binaire, c’est “ça ou ça” ce qui ne correspond pas à un véritable choix, mais seulement à une alternative. C’est une autre façon d’enfermer l’autre dans votre perception, dans vos stratégies personnelles.

Un début de choix se profile lorsque 3 propositions minimum sont énoncées, un choix respectable se situe à l’endroit où l’autre à toute la liberté de dire non et le choix véritable se situe là où l’autre a la totalité du champ des possibles qui lui reste ouverte. Cela peut se traduire par : “A l’occasion, pourras tu me dire ce que tu en penses ?”

  1. Le fait de ne pas énoncer de limite de temps est une libération de pression.
  2. Le conditionnel n’impose pas, il propose.
  3. Ce que l’on pense est évolutif et donc n’oblige pas l’autre à se figer sur un point de vue, mais juste à avoir son “avis”.

 

Vous l’aurez compris, la logique du “ou” crée une division, une séparation, une segmentation, une classification, bref un résultat qui nous éloigne du renforcement d’une relation. Bien entendu cela permet l’affirmation de soi, le respect de son individualité, de sa différence, seulement ce n’est pas la seule stratégie qui permet de le faire… Si je vous disait qu’il existe le moyen d’affirmer sa différence tout en renforçant la relation, qu’en penseriez vous ?

Cette logique est celle du “et” qui est inclusif, à la différence du “ou” qui est exclusif.

Je suis sûr qu’à ce stade de la lecture vous commencez à sentir la différence.  Et pour autant, je sens une question fondamentale vous bruler les lèvres : Comment faire ?

Je vous invite dans un premier temps à observer votre langage. Les mots que nous utilisons trahissent notre intention profonde. Il ne s’agit pas d’appliquer des “recettes de cuisine” ou des “techniques de manipulation” mais bien de se rendre compte de notre façon de fonctionner par défaut.

Dés lors que l’on sait d’où l’on part, et qu’on détermine notre destination, on peut commencer la transformation. Il s’agit donc de déterminer précisément les intentions inconscientes que nous exprimons à travers notre langage, pour mieux réajuster le cap à suivre.

Si vous avez du mal à sentir les choses, je vous propose de lire les expressions suivantes et de sentir ce qu’elles évoquent en vous :

  • Je suis d’accord, mais…couple-discute
  • Je vois ce que tu veux dire et en même temps, j’ai un autre point de vue.
  • Non, mais n’importe quoi !
  • Si je comprends bien, c’est “ça” (à développer) que tu veux dire ? Ok, j’entends, ça me semble légitime, et pour autant, je ne suis en total désaccord avec cette vision des choses.

Il y a deux façons d’aborder les choses, une qui ouvre au dialogue, et une autre qui enferme. Il y a une façon de vivre la relation à l’autre où l’on a peur de disparaitre, et une autre où l’on a plaisir à se retrouver.
Je ne parle pas d’un discours de politicien qui serait caricatural du type : “Vous avez entièrement raison…” puis qui affirme exactement l’inverse.

Vous l’aurez compris, vous pouvez vous affirmer sans pour autant exclure l’autre, sans rabrouer sa façon de penser, sans juger ses opinions, tout simplement en les accueillant et en faisant cohabiter les vôtres.

La différence est le berceau de la créativité humaine.
Si nous la chérissions, plutôt que de la voir comme un danger à notre estime personnelle ?

5 – Et si il existait tout un univers nouveau à découvrir : l’autre ?

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Si on sort de l’idée de “manger” ou “être mangé” en terme d’estime de soi au sein du couple (logique binaire), alors on peut se rendre compte qu’une nouvelle dimension de partage est possible. En effet, lorsque la sécurité intérieure est suffisante, la curiosité peut faire place à la crainte.

Le désaccord devient alors une source d’expression de différence, elle peut se mettre à générer l’envie de s’ouvrir l’esprit à une autre façon de penser, plutôt que d’avoir peur et de chercher à se défendre et à s’affirmer contre l’autre.

Par définition, l’autre est différent de soi. Chérir cette différence est fondamentale pour permettre à l’autre d’être lui et à vous d’être vous-même. Se réjouir de ces moments où l’autre nous surprend dans ses réactions, même si ça déstabilise parfois, remercier du partage de points de vue, sans pour autant embrasser la façon d’être ou de voir de l’autre permet de vivre dans une logique du “et” dans laquelle chacun à sa place, au détriment de personne et pour le bien être de tous.

Cela nécessite de différentier inconfort et danger. En effet, le désaccord est souhaitable pour respecter la différence et la complémentarité (deux énergies essentielles dans le couple), ceci dit, il est générateur d’inconfort. La seule force qui vous permettra de dépasser ça, à mon sens, est l’amour. L’amour de vous et l’amour de l’autre ne sont pas incompatibles !

Que diriez vous de remplacer la crainte par la curiosité ? De remplacer le reproche par de l’empathie ? De remplacer le rejet par de l’acceptation ? Ne pensez-vous pas que ces ingrédients permettraient une rencontre plus véritable de l’autre, et renforceraient ainsi la relation ?

Qu’en dites vous ? Peut-être êtes vous en désaccord avec moi sur ce sujet ?

Si tel est le cas je serais ravi de lire vos commentaires sous cette article et de célébrer ainsi nos différences…

 


Si vous voulez qu’on regarde ensemble votre situation, n’hésitez pas à me contacter

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2 Comments

  1. Oui…
    On parvient à ce raisonnement avec du recul…J’ai cette façon de faire quand mon cerveau qui parle…le coeur qui parle c est moins bon…
    Mais il faut que l autre suive aussi tout cela…
    Et si il angoisse pour aimer…
    La peur ne permet pas de raisonner…
    Alors la peur gagne…

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